Ca ne fait pas tout, mais c'est vrai !

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Chers amis du forum,

Je viens de prendre connaissance des éditoriaux de Cigale qui sera distribué à Avignon. Les textes sont légitimes et ce qui est dit et bien dit doit être dit, quoique le propos des deux écrivains font plus le portrait de l'ennemi à détester que de l'adversaire politique à combattre.

Mais je suis horrifiée par les images.
C'est une honte.
Comment a-t-on pu laisser passer une telle infamie ?
Ceux qui ont fait ça n'ont-ils donc rien compris à la défaite ?

Caricaturer les images traditionnelles des luttes, leurs symboles leur mémoire et cela jusqu'à Delacroix pour tourner en dérision le bleu qui a pris la place du rouge ! Est-ce là la signification historique de la défaite ? Vous  avez été déçu par Staline et par  Mao, aujourd'hui c'est Sarkozy qui vous déçoit ? Où sommes nous ? Avez-vous donc honte d'un siècle d'espoir et de luttes ? Pensez-vous que l'on puisse construire un combat politique dans une telle haine de soi que les lettres cyrilliques ou chinoises (fausses qui plus est !) désignent le monde à fuir, voire à haïr. C'est indigne d'une histoire et indigne du présent et des douleurs de ces pays-là. Est-ce là une analyse politique de la défaite ?? Est-ce là la vision de la réalité politique ? Est-ce que l'usage d'une langue donc une allusion à une culture peut devenir le symbole d'une aliénation cynique ?

Si Sarko a gagné c'est parce que les français n'ont plus d'image ni d'imaginaire et que lui en a fourni. Faute de savoir  analyser ses armes que vous êtes donc incapables de démonter si je comprends 'il  faut chercher à l'Est de notre histoire pour  critiquer le capitalisme ultralibéral d'une société proaméricaine.

Tous ceux qui  réfléchissent ne cessent de répéter que si on ne réinvente pas un imaginaire et une culture de gauche c'est foutu pour toujours. Il fut un temps où appartenir au parti c'était apprendre à parler et à penser et beaucoup de ceux qui avaient été privés d'instruction et de culture trouvaient au parti un accès à tout ce qui nourrissait l'imaginaire des luttes et le plaisir de créer. Est-ce donc définivement fini ?

Quoi de pire que de montrer sa propre misère culturelle, sa culpabilité historique en ne trouvant rien d'autre pour critiquer un régime que d'aller chercher dans le grenier terni de ses propres idéaux ou de ses illusions et de ces déceptions. Il y avait des idéaux. L'avez vous donc tous oublié ?
Même les guignols de l'Info ne se livrent pas à un faux second dégré de cet acabit.

Je serais Sarkozy j'éclaterais de rire devant tant d'indigence qui montre que sa victoire est complète le PC a besoin de tourner en dérision ses propres icones pour lutter contre un régime de droite. Une fois de plus le stalinisme ou le maoisme devient le prêt à porter de toutes les dictatures.
Pourquoi pas Hitler tant que vous y êtes ça au moins ce fut notre véritable ennemi.

Mais Sarko rirait encore plus fort !

Je suis dans une colère noire à moins que ce soit un désespoir plus profond.
Cigale était misérable  l'année dernière : Delacroix en faisait déjà les frais et la mémoire des glorieuses avec lui sous les figures pseudo érotisées de la vulgarité. Cette année ça dépasse ce qui est supportable. On se moque des ouvriers, des paysans, de Gavroche et de la liberté avec la conviction d'être drôle au second degré direz-vous!  C'est dramatique. Quand respectera-t-on le lecteur, le spectateur, le militant ?

C'est à grande échelle ce que j'ai vu dans ma rue à Paris entre les deux tours :  Devant l'affiche portrait de Marie-George tenu, sur un séchoir rouillé, par une épingle à linge une militante galonnée me disait  "C'est bien qu'on voie qu'on est pauvre"... Qu'elle se réjouisse encore plus aujourd'hui à Avignon : la pauvreté imaginaire de la gauche est à présente publiée et bien voyante. Oui on la voit bien.

Il y a quelques années je publiai dans le Monde un article dénonçant l'usage de la faucille et du marteau pour faire une publicité boursière. Il ne s'agit pas de censure vous le savez bien mais de pensée : que signifient pour vous les mots et les images dans la construction d'un combat réellement politique? Accepterez-vous d'ouvrir enfin le débat sur ce que signifie la construction d'une culture politique et ne plus vous contenter de faire une critique des politiques culturelles? Le débat sur la culture populaire passe nécessairement par une réflexion sur ce qui fait un peuple pour une et par une culture et non sur l'accès de "tous" aux chefs d'oeuvre ou à la création.

J'ai envoyé une partie de ces lignes à Francis Parny et à Aline Pailler qui n'avaient sans doute pas connaissance des images qui entouraient leur propos.

MJM

 

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