Contribution de Paul Granat

Publié le

Paul Granat
Section du 3ème arr. de Marseille.


5 juillet 2007

Nous devons prendre conscience que le PCF est formé d’une multitude de camarades avec des parcours, des sensibilités différents. On doit prendre en compte que chaque camarade ne peut penser, désirer, analyser les mêmes situations politiques, au même moment, en tirant les mêmes conclusions.

Nous appellerons ceci : l’évidence de la discordance d’appréciation, et non, désaccord. Celle-ci s’est fortement révélée récemment, et, nous verrons dans les chapitres suivants les moyens d’arriver à se retrouver ensemble, autour de ce qui nous unit, notre idéal communiste.

Analyser tout ce qui a pu contribuer à conduire le PCF au niveau le plus bas de son histoire, c’est avoir la volonté de prendre en compte les erreurs qui ont pu être commises, sans toute fois incriminer tels ou telles camarades.

Regarder aussi loin que possible les causes de notre échec, est un passage qu’il faut oser, pour que nous puissions nous retrouver, à nouveau, dans l’avenir politique.

Savoir pourquoi le peuple ne met plus d’espoir en nous devient une question majeure.

Historique :

Le Congrès de Tours. Deux choix, l’un réformateur, l’autre révolutionnaire. Or, à considérer l’évolution des rapports PC /PS, cette scission ne s’avère-t-elle pas dommageable pour la gauche ?

En effet, dès lors, consciemment ou inconsciemment, le PCF n’a eu de cesse de relever le PS, à chaque fois que celui-ci s’est trouvé en difficulté.

Le PCF ne se conduit-il pas comme s’il était responsable ? et comme s’il portait en lui la culpabilité de la scission d’un même corps ?

Nous trouvons là la seule explication possible à cet acharnement à vouloir, (même au prix de son existence), aider le PS, lorsque celui-ci se trouve au bord de l’abîme : Duclos 25%, le PS 5%, c’est le Programme Commun, puis l’Union de la Gauche avec Mitterand ; puis en 81 notre participation au gouvernement social-démocrate, puis c’est la gauche plurielle qui se solde pour nous en 2000 à 3,5% ; puis, au lendemain de la victoire du non à l’Europe, par tracts, réunions, déclarations, nous cherchons à entraîner le PS, ( très affaibli en étant dans le camp du oui), dans le mouvement Antilibéral qui naît du non. Arguant à toute interrogation : « Nous ne voulons pas être les responsables d’une rupture de la gauche ! » Or, le PS était le seul parti de gauche à prôner l’Europe libérale.

Pendant près d’un an, ce même parti n’a cessé de tergiverser sans répondre à nos propositions. Ce côtoiement avec le PCF a contribué à redorer son image de gauche, il ne lui restait alors qu’à compléter le tableau en soutenant la candidate socialiste à la présidence du Chili.

Erreurs, mauvais jugements politiques ?

Ces alliances répétées ne pouvaient qu’entraîner une perte de repères, voire d’identité politique, tant dans le parti qu’à l’extérieur.

Sortir de cet état de culpabilité est un élément essentiel pour la reconstruction de notre parti.

Notre situation engendre bien des questions :
- Nous parlons toujours au nom du peuple, mais de quel peuple ? Est-ce que nous pouvons toujours nous réclamer de lui, alors qu’il nous a massivement rejetés ?
- Pourquoi avoir laissé à la droite et à l’extrême-droite les questions de l’immigration, de l’insécurité, de la violence, ce peuple-là ne s’est-il pas senti délaissé par notre attitude ?
- Ne laissons-nous pas le mot travail à la droite, alors que notre idéologie trouve dans celui-ci l’épanouissement de l’homme ?
- Lors de nos campagnes électorales, était-ce juste de ne pas arborer le mot communiste sur certaines de nos affiches ou tracts ?
- Notre langage politique est-il compris ?
- Est-ce que nous avons mis tous nos moyens pour lutter contre cet amalgame « communisme égale fascisme » ?

Ce sont des réponses à ces questions qu’il nous faut trouver !

Notre visée politique :

Le marxisme est loin d’être dépassé, au contraire, il est encore brûlant d’actualité. Il retrouve tout son sens aujourd’hui, dans la mondialisation, que Marx avait prévue, comme la fin du capitalisme.

Le libre échange et l’universalisation des marchés poussent à son paroxysme la concentration mondiale du capital par quelques uns, voire par un seul : le maître du monde.

L’accélération des technologies actuelles rend de plus en plus rapide le fonctionnement des instruments de production, des moyens de communication, et contribue activement à la libre circulation industrielle et des capitaux dans le monde. Cette vitesse folle raccourcit le temps où toutes les nations de notre planète seront touchées par la mondialisation.

Quand toute la production humaine et naturelle sera entre les mains d’un seul possédant, dès lors, cette économie s’autodétruira : plus de possession, plus de profit, plus aucune suprématie sur quoi que ce soit, à part s’auto-posséder. Ce stade-là signifie la destruction de la planète, dont les besoins sont incompatibles avec les lois du profit.

Avant que le capitalisme n’atteigne cette extrémité, nous devons proposer la socialisation universelle des ressources et des marchandises, c’est-à-dire le partage des richesses, que les principes fondamentaux de Marx illustrent bien : la gratuité, l’art du « faire » et non de produire, la mise en commun et à disposition gratuite des biens nécessaires.

Marx l’avait prévu, le coût du travail reste la variable clé de l’économie, le taux de rentabilité reste l’objectif majeur : pour préserver et accroître le capital, une solution : les bas salaires, pour augmenter la productivité, le maintien de la rentabilité passe donc par la réduction du coût du travail, par les délocalisations, et le démantèlement de la protection sociale.

Karl Marx a établi que le capitalisme est un préalable obligé au communisme.

Le système conservateur et protectionniste d’hier laisse place au libre échange qui est destructeur, et s’il n’a pas détruit l’humanité, cela pourrait ouvrir à un socialisme mondial, à une économie communiste si chère à Marx, par un passage à la responsabilité et à la gratuité : tout homme deviendrait citoyen du monde et le monde serait enfin fait pour l’homme.

Le choix :

Ainsi le choix de société s’impose à nous avec plus de détermination que par le passé car nous vivons la mondialisation. Ce choix de partage économique devient incompatible avec le choix d’un gouvernement social-démocrate.

Les temps ne sont plus à la réforme, mais au changement.

Ce doit être la priorité des partis communistes que de faire connaître au monde l’économie de partage, seule alternative au capitalisme.

32° congrès du parti :

La stratégie de participation citoyenne.

Cette audacieuse idée a bousculé l’horizon politique. Stratégie qualifiée un temps d’utopie, puis d’ « objet politiquement non identifié » mais qui a marqué une forme avancée d’une nouvelle écoute, se nourrissant de sa diversité.

Le respect de la pensée ouverte, les points de vue contraires, les solutions politiques divergentes, jusqu’aux personnes elles-mêmes avec leur propre vécu, autant de richesses partagées qui sont la force de cette nouvelle visée politique.

Marx disait que « l’action et la pensée humaine ne sont pas prisonnières des structures économiques. Comme il peut y avoir des œuvres d’art libres, sans relation avec les rapports de force économiques, il peut y avoir une libre pensée politique. » Nous avons pu mettre en pratique cette pensée, en nous débarrassant des dogmes pesants de la société capitaliste. Cette visée a trouvé sa viabilité dans la victoire du non du 29 Mai et surtout la construction d’un programme par des hommes, femmes, organisations, aux parcours et d’horizons différents.

Cette stratégie de participation directe va au-delà d’un simple consensus.

Il faut y voir un pas en avant de la pensée marxiste. Cela se veut être le processus qui doit accompagner l’économie de partage, en apportant une réalité possible, dans la pratique de l’économie communiste.

Le communisme, c’est l’économie de partage ; le communisme est un partage des idées !

Nous avons là une tâche impérative à accomplir en tant que parti communiste. C’est dans notre parti que nous devons faire vivre ce partage des idées. Cela doit devenir un des temps forts de notre congrès.

Pour la réalisation de cette idée novatrice, pour l’affirmer, la compléter, l’accompagner, nous proposons de nous appuyer sur un nouveau concept démocratique, élaboré il y a une dizaine d’années par un groupe de citoyens et de communistes.

A l’époque, il n’avait trouvé que peu d’écho dans les sphères politiques y compris la nôtre, mais, aujourd’hui, la situation actuelle place ce concept au premier plan.

En voici la pratique :
Lors de nos diverses réunions à tous niveaux, y compris lors de congrès, pour toutes directives, décisions, stratégies, tout ce qui fait la vie de notre parti, nous procèderons comme suit :
Toutes les idées et propositions émises seront transcrites telles quelles dans des procès-verbaux.
A partir des thèmes que nous traitons, toutes les idées seront notées, en donnant la priorité à l’idée qui aura l’adhésion majoritaire des membres de l’assemblée.
C’est-à-dire que l’idée la plus citée sera considérée en premier ; puis viendront les 2°, 3°, 4° et ainsi de suite ; on hiérarchise les idées qui sont de ce fait toutes prises en compte. Ainsi, aucun camarade n’est mis de côté.
On met tout en œuvre pour la mise en place de la première idée ; si elle s’avère inefficace, ou irréalisable, on considère la deuxième proposition notifiée et ainsi de suite. Ce choix sera fondé uniquement sur la mise en œuvre réelle de la mesure, lors de son application.

On s’aperçoit qu’avec ce concept, il sera difficile de répéter les mêmes erreurs. Difficile aussi de taire les propositions minoritaires. C’est sur les idées que se portera le jugement et non sur les camarades.

Ainsi serons-nous à même de partager les pensées, les points de vue différents. Cette « hiérarchisation » assure par elle-même l’équité de chacun des membres au même titre que les autres. Le parti sera l’émanation de tous et tous auront un rôle à jouer dans son fonctionnement. Ainsi la base et les instances dirigeantes seront-elles à égalité. Ce concept de partage des idées et « hiérarchisation » une fois discuté et accepté par notre congrès, renverra de nous une image de ce que nous sommes réellement, c’est-à-dire communistes, dans le sens du partage le plus large.

Image nouvelle qui contrera les idées assénées quotidiennement dans les medias, d’un parti vieux, inerte, à bout de souffle, dépassé.

Sans attendre, dans la foulée, nous porterons ce concept sur la place publique, pour qu’à leur tour les citoyens s’en emparent.

Avec ce concept (partage et hiérarchisation), nous disposerons d’un moyen de communication efficace, pour faire connaître nos idées, notre évolution politique, qui loin d’être figée se mue dans le perpétuel mouvement de notre philosophie marxiste ; nous tenons là une des raisons majeures à ne pas changer de nom.

C’est dans ce cadre politique innovant que nous serons nous-mêmes.

Ce mode démocratique qui assure enfin la mise en œuvre des idées, casse l’idéologie capitaliste, qui tend à personnaliser chaque élection au détriment d’un programme.

C’est dans cet esprit de liberté que nous devons porter le message : que chaque être vivant doit bénéficier des ressources naturelles que la planète met gratuitement à notre disposition, ainsi de celles créées par l’homme, et non qu’elles demeurent des sources de profit pour quelques uns.

La participation directe, citoyenne, stratégie du PCF élaborée lors de notre 32° congrès, fut-elle bien comprise par tous ?

Cette interrogation fait suite à l’échec pour aboutir à une candidature unique.

Il ne fallait pas s’étonner que beaucoup de communistes s’investissent dans les comités anti-libéraux, puisqu’ils en étaient les principaux artisans. Bon nombre d’entre eux avaient acquis la certitude que le programme, réunissant les idées diverses, devait être placé au premier plan et non relégué derrière les citoyens, les organisations et leurs représentants.

Tout s’est déroulé à contrario de ce principe.

La LCR s’est retirée et nous voyons pour quel dessein. Bové se retire avant la désignation du candidat, pour ensuite revenir par un biais qui n’était pas défini par les comités. Le PCF n’ayant pas obtenu le double-consensus a maintenu quand même sa candidate.

Ce qui devait être un événement historique fut un échec historique.

Pour ne plus revivre cela, nous transposerons le concept « partage d’idées et hiérarchisation » dans les futurs espaces, les nouvelles formes de rassemblements, que nous devons mettre en chantier, pour œuvrer tous ensemble, au-delà de nos divergences.

De plus, pour assurer une complète réussite à ce projet citoyen, et retrouver le goût de la participation politique et citoyenne, nous munirons ces futurs espaces de garanties citoyennes dans l’application des résolutions, projets, programmes, que nous aurons élaborés ensemble.

Quelles alliances ?

C’est en proposant les bases de notre projet de rassemblement aux citoyens et aux organisations qu’elles se découvriront d’elles-mêmes.

Permettre à notre parti de créer des espaces de participation directe, c’est donner un outil politique au peuple. Avec celui-ci, nous trouverons les critères sur le choix des futurs représentants de ces espaces.

Désormais placés dans une telle stratégie, il n’est plus possible d’avoir un accord, une participation de gouvernement ou de rassemblement avec le PS en l’état actuel.

L’échec est assuré dès le départ : l’un reste réformateur du système capitaliste, l’autre s’engage pour le partage des richesses.

Cette intransigeance, nous ne devons l’avoir qu’envers le PS en tant que tel, et non envers les membres qui le composent et les personnes qui se réclament du socialisme. Au contraire, ceux-ci ont toute leur place avec nous, nous avons pu apprécier et apprécions encore les positions d’une organisation qui compose ce parti même, et qui est toujours restée dans la lignée des comités anti-libéraux.

C’est en toute confiance que nous avancerons avec les autres partenaires qui auront fait la démarche sur eux-mêmes d’accepter le concept « partage et hiérarchisation » qui leur garantira la même équité politique que pour notre parti.

C’est avec cette base-là que la gauche doit se transformer, si nous voulons qu’elle soit porteuse d’une politique différente et d’ouverture ancrée à gauche.

Notre projet anti-libéral est loin de la logique réformatrice « puisque nous ne pouvons changer la société, tâchons de la réformer ».

Nous, communistes, nous sommes convaincus que seule, une économie de partage sauvera la planète, c’est donc dans l’avenir de notre combat que nous plaçons notre confiance, combat de la stratégie de participation directe citoyenne et de ce concept « partage et hiérarchisation des idées » qui se place dans le mouvement marxiste. Un mouvement incessant vers une liberté individuelle sans cesse à conquérir, à inventer, de sorte que chacun réalise toutes ses aspirations.

C’est une offensive idéologique, un espoir, que nous devons déclencher.

Rien n’est perdu, tout est à nous, tout est possible, confirmons la stratégie du 32° congrès de notre parti, et allons plus loin, toujours plus loin.

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