Rappel: un peu de culture, de la qualité

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La pièce de Wedekind, provocante et cruelle dans une Europe à la dérive, s’oppose au film de Pabst, sophistiqué. L’association de l’image et de notre théâtre raconte l’histoire et révèle tout ce qui y est enfoui…
« … Le spectateur se trouve confronté à une mise en abyme, comme dans la Rose pourpre du Caire de Woody Allen. Il éprouvera ce plaisir très intellectuel de voyager d’un univers à un autre, d’un art à un autre. Il comparera les perceptions qu’engendrent le théâtre, art vivant et le cinéma, art de l’apparence. »
Michel Voiturier
Critique d’art, chroniqueur culturel, critique littéraire. Prix Plisnier 1984
 
Voilà, c’est du théâtre, rien de plus. Rien de plus que ces moments où l’on échange (encore) avec soi-même.
 
Recueilli par
 
 
Lulu de Franck Wedekind, Georg Wilhelm Pabst
Mise en scène de Dominique Sicilia, Patrick Ponce
Avec Dominique Sicilia, Patrick Ponce, Pierre Marcon
Lulu est danseuse de revue. Elle émerge scintillante dans la lumière.

Quand les Cartoun Sardines Théâtre, célébre troupe marseillaise, sont en Avignon, il serait dommage de les manquer. De Faust à Conte d'hiver et Romeo et Juliette, donnés ici en 2002, leur théâtre inventif et énergique, a toujours été teinté d'un expressionnisme jovial. Il était logique qu'ils veuillent renouer avec ces origines en créant un spectacle en osmose avec une des formes les plus fondatrices de leur art : le cinéma expressionniste allemand. Plus loin encore, le choix du Lulu de Pabst permet une vertigineuse plongée sur le thème du regard, dans son acception première et, de façon subtile et connivente, sur la notion de mise en regard. Du théâtre au cinéma, d'abord, le film de Pabst étant tiré de la pièce de Wedekind. Puis de l'un et l'autre, en simultanéité, la pièce Lulu des Cartoun naissant du regard des comédiens, jouant ou déjouant le film projeté. Le tout, sous les yeux du public qui devra, lui, dédoubler son regard pour appréhender l'ensemble. Alors que, bien sûr, pour boucler la boucle, le thème de Lulu n'est rien d'autre qu'une variation sur le désir, c'est-à-dire encore sur le regard. L'amour au premier regard que fait naître l'inaltérable beauté de Lulu/Louise.

Mais dire que ce spectacle est bien intelligent est hautement insuffisant. Il faut encore ajouter que c'est franchement hilarant. Jouant au ping-pong avec le film projeté, les comédiens s'en donnent à cœur joie dans le commentaire hors-champ ou l'imitation synchronisée, ombres chinoises ou démesurées, à la Murnau. Tout cela ponctué par les superbes interventions musicales de Pierre Marcon. Il faut enfin saluer les performances de Dominique Sicilia et de Patrick Ponce, magnifiques de précision et de drôlerie. Ce dernier, en particulier, sur un pas, une intonnation, un geste, incarne en l'instant un personnage puis l'autre avec une aisance spectaculaire. Définitivement, ce serait dommage de les rater.

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