Greve de salariés pour obtenir leurs papiers à Passion-Traiteur

Publié le

Développons une solidarité intéressée !

 

Une dizaine de salariés de Passion Traiteur, Boulevard de Valmy à Colombes ont décidé de se mettre en grève pour se faire reconnaitre comme des salariés à part entière avec le soutien de leur syndicat CGT et de l’association Droit Devant.

 

Ils travaillent en effet depuis plusieurs années à Passion Traiteur, cotisent à la sécurité sociale, (c’est en tout cas ce qu’affirme l’employeur) et déclarent leurs revenus aux impôts. Pour autant faute de papiers, ils ne peuvent prétendre pouvoir bénéficier des droits en matière de santé, de retraite, et des protections prévues par le code du travail et les conventions collectives qu’acquiert toute personne travaillant.

 

Ils sont donc à moitié clandestins et à moitié salariés. Mais ils participent totalement à la vie économique de notre pays. Leurs enfants peuvent aller à l’école, au collège avec les nôtres sans pouvoir profiter totalement de leur jeunesse à cause de la situation faite à leurs parents.

 

Nous sommes face à une cascade d’hypocrisies

insupportables, pernicieuses et dangereuses !

 

L’employeur a fait savoir tant à certains salariés qu’à la CGT qu’il était d’accord pour poursuivre les contrats de travail des salariés sans papiers qu’ils soient ou non en grève et d’intervenir pour leur régularisation, conformément d’ailleurs à la prise de position de son syndicat patronal. Qu’attend le gouvernement ?

 

La sécurité sociale (si le versement des cotisations est prouvé) ne remarque pas que le numéro d’affiliation d’une même personne change parfois…

 

La Sodexo, la mairie de Colombes, Air-France, le Conseil général de Seine Saint Denis, semblent apprécier les prestations et le travail des salariés de Passion-traiteur sans être très regardant sur leur situation et la politique sociale de leur prestataire…

 

Actionnaire à 35% de Passion-traiteur, le groupe Compass dont dépendent aussi Eurest (restauration), Medirest (restauration des secteurs de santé, sénior, et social,), Scolarest (restauration des établissements d’enseignement et des collectivités locale) affiche fièrement sur son site web, la certification « Qualicertune » délivrée par SGS -  ICS Qualicert, leader mondial dans la Certification de Services et de Systèmes : « Politique qualité et communication vers les clients et les équipes, maîtrise de la qualité, évaluation de la satisfaction des clients et des convives, gestion des contrats, management des Ressources Humaines, gestion des achats et des alertes alimentaires : autant de points qui ont été certifiés par l'organisme SGS-ICS Qualicert et attestent de la qualité des services proposés par le Groupe. »

Autant dire que SGS ICS Qualicert ce groupe qui se prétend leader mondial de la certification et qui a habilité Compass actionnaire de Passion-Traiteur, n’est manifestement pas très regardant sur les conditions sociales dans lesquelles le travail qu’il certifie  s’exécute. De quoi s’inquiéter quand on sait qu’il délivre ses accréditations dans des domaines aussi variés que l’aide à la personne, les services aux comités d’entreprises, les cours à domicile…

Les services des impôts n’ont aucune scrupule à calculer l’avis d’imposition de ces salariés sans identité alors même que l’Etat prétend leur faire la chasse.


 

Construire une économie, un pays sur de telles bases n’est pas acceptable !

Les Chartes éthiques, l’affichage d’une volonté de responsabilités sociales se multiplient dans les entreprises. Le commerce équitable est récupéré par les grandes marques de la distribution. Tout cela ne pèse pas lourd devant la réalité que les sans-papiers de Passion-Traiteur révèlent par leur action. En réalité le respect du travail, le respect des personnes et de leur intégrité physique et/ou mentale sont quotidiennement bafoués. Ils le sont d’une manière particulièrement inhumaine dans le cas des salariés sans-papiers. Ils le sont sous des formes plus pernicieuses mais tous autant inacceptables dans de nombreuses entreprises. Les débats autour du stress, des suicides sont de ce point de vue très significatifs.

Le propre de  la situation d’un salarié sans papier c’est d’être sans droit et seul face à l’employeur.
Il est l’exemple ultime, extrême,  que le rapport salarié/employeur est fondamentalement inégal, qu’à ce titre, toute enfermement dans un rapport trop individuel ne peut lui permettre de se défendre efficacement.

Les situations où le salarié est seul face à l’employeur
sont aujourd’hui devenues le lot commun de trop de salariés !

Les salariés sans papiers sont dans cette situation extrême où le droit n’existe plus puisqu’il ne peut s’exprimer, ni collectivement et encore moins individuellement puisqu’ils sont absolument seuls face à l’employeur dans une forme extrême de fragilité et de précarité. Leur vécu doit sonner comme un signal d’alarme pour tous les salariés, qu’ils soient ouvriers, techniciens, administratifs ou ingénieurs.

Depuis de nombreuses années, les employeurs s’évertuent à individualiser le rapport des salariés à l’entreprise :

·        Le salaire n’est plus fondé sur des garanties collectives telles que les augmentations générales, les grilles de classification, mais sur des règles  jamais négociées avec les syndicats (notations, objectifs etc.…) et grâce auxquelles l’employeur fait régner son arbitraire.

·        Dans des groupes comme Thales, Alcatel, chaque salarié se doit désormais de chercher individuellement ses charges de travail, son poste alors qu’en amont comme en aval, cela dépend toujours de la bonne volonté de l’employeur…

·        La gestion des charges de travail est individualisée pour que chaque salarié intériorise des contraintes, des conditions de travail de plus en plus difficile du fait des seuls objectifs financiers de l’entreprise.

Le projet de loi du gouvernement qui vient d’être voté au parlement afin de modifier le contrat de travail prolonge cette dérive. Il institue par exemple le CDD de projet pour les ingénieurs pouvant aller jusqu’à 3 ans, étend les périodes d’essai jusqu’à 8 mois, favorise  la rupture « à l’amiable », rend plus difficile le recours aux prud’hommes. Il s’agit en l’occurrence d’imposer à tous les salariés un rapport extrêmement individualisé à l’employeur alors que ce rapport est tout sauf égal ! Même les mieux diplômés le mesurent aujourd’hui.

Défendons les droits et les garanties collectives de tous.
 Défendons le droit des salariés sans papiers à avoir des droits.
Exigeons leur régularisation.


Les salariés de Passion-Traiteur gagnent moins de 1000€ net par mois.

Soutenez financièrement les salariés en grève
en participant à la collecte organisée par la CGT.

Publié dans leblogdejacques

Commenter cet article