A propos du voile intégral

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Qu’un débat s’ouvre avec les communistes

 

5 octobre 2009

 

 

Ayant pris l’initiative de demander la création d’une commission d’enquête sur la burqa ou voile intégral puis, en juillet 2009, ayant été élu président d’une mission d’information parlementaire comprenant 32 députés de la représentation nationale, 17 de droite, 15 de gauche, je souhaite qu’une information des communistes ait lieu et qu’un débat s’ouvre entre nous.

 

Je suis étonné du silence de plomb de Marie-George Buffet et de l’équipe dirigeante. Parce que l’on peut être d’accord ou pas d’accord avec ma démarche, il me semble préférable que les bouches s’ouvrent afin de ne pas laisser place aux non dits, aux ragots, aux attaques personnelles d’un autre âge, visant à évacuer les questions politiques et idéologiques. Je suis prêt à m’expliquer devant le conseil national. Je ne cherche pas à avoir raison tout seul ni à plaire à tout le monde. Mais je veux être respecté dans mes convictions.

 

La mission porte sur le voile intégral. Nous ne voulons pas ouvrir un nouveau débat sur la question du foulard. Il faut que les choses soient claires. Le voile intégral, c’est un ghetto portatif, un cercueil ambulant, un linceul sur le visage. Cette tenue est inacceptable.

 

Une guerre idéologique

 

Que représente le voile intégral au plan politique et idéologique ? Telle est, pour moi, la question cruciale. L’atteinte à la dignité de la femme est terriblement flagrante. Mais il faut s’interroger au-delà : une idéologie barbare se répand-elle de façon rampante dans certains territoires de la France et de pays européens ? Je le crois. La République est-elle menacée dans ses fondements ? C’est mon sentiment. Y-a-t-il là, matière à combattre, pour les progressistes et pour les communistes ? Si l’on veut poursuivre cette belle ambition de « sortir l’humanité de sa préhistoire », je dis oui.

 

Il faut mener la guerre idéologique au même titre que les combats économiques et sociaux. Pour moi la question idéologique est vitale, existentielle pour un parti communiste révolutionnaire. Je suis persuadé qu’il nous faut apprendre et comprendre l’islam. En même temps, nous devons nous décomplexer vis à vis du religieux en nous appuyant sur la culture laïque de notre pays. Il nous faut combattre les intégristes, les fondamentalistes qui instrumentalisent l’islam à des fins politiques. Sur cette base, nous voulons dialoguer avec les représentants des musulmans de France pour réfléchir ensemble à la place d’un islam respectueux de la République et des principes de laïcité.

 

Au-delà des chiffres, il faut voir ce qui se passe dans la vie quotidienne. Il y a une islamisation intégriste de territoires de la République, une mise au pas de la vie publique, civile, de l’intimité des familles, un bourrage de crâne des enfants, des adolescents, garçons et filles.

 

Pour les jeunes filles, c’est l’enfer. Les rapports amoureux entre musulmans deviennent obligatoires et très contrôlés. La sexualité est ravalée. Le planning familial est interdit de fréquentation. Les mariages arrangés, les mariages forcés reviennent en force, comme au temps du féodalisme. La tenue vestimentaire à l’occidentale est proscrite. L’uniforme islamiste est imposé. L’école publique est honnie. Il faut fuir ces endroits qui regroupent des mécréants et suivre des cours par correspondance. On ne compte plus les certificats de complaisance pour être exempté de sport pendant la puberté, pour les raisons religieuses. Pourtant des jeunes collégiennes demandent des vestiaires pour pouvoir se changer à l’intérieur du collège et s’habiller comme les copines. Mais il faut compter avec la violence du milieu familial. Les salafistes veulent dicter leur loi dans les quartiers et ils étendent leur emprise dans les familles

 

Pour les garçons, c’est le bourrage de crâne. Les témoignages de professeurs dans les lycées sont éloquents. Dès 14 ou 15 ans, certains se lèvent pour contester le prof et les cours de biologie, sciences naturelles, philosophie, histoire. Dans certaines classes, il est impossible de parler de la shoah.

 

Il faut souligner l’emprise du religieux dans les clubs sportifs et nous avons, à présent, des témoignages de création de syndicats communautaires à caractère religieux dans certaines entreprises du CAC 40.

 

Depuis les années 1990

 

Le nombre de situations conflictuelles, avec des femmes qui refusent d’ôter le voile intégral, augmente dans les lieux d’accueil publics, lors de l’établissement d’une carte d’identité, d’un passeport, pour un mariage. Souvent, c’est l’homme qui monopolise la parole et profère, parfois même, des menaces contre les fonctionnaires.

 

Une multitude d’autres problèmes surgissent dans les services publics. A l’hôpital : comment soigner une femme qui refuse d’être examinée par un médecin homme ? Dans une école maternelle : à qui remettre l’enfant quand on se trouve en présence d’un fantôme ? A la Poste, dans les banques : à qui remet-on le courrier, l’argent ? Souvent les personnels sont désemparés devant la multiplication de situations malsaines alors qu’il s’agit, dans la plupart des cas, d’actes simples de la vie civile.

 

Il faut également faire toute la lumière sur les commerces tenus par des salafistes dont l’unique raison d’être est le blanchiment de l’argent dans le cadre du financement de réseaux à dimensions internationales.

 

Depuis les années 1990, notamment après la première guerre du Golfe, des exemples allant en ce sens abondent à Lyon, dans l’agglomération lyonnaise, à Paris et dans plusieurs départements limitrophes, à Lille et plusieurs grandes villes du Nord, à Marseille pour noter les plus importantes.

 

Qui a intérêt à laisser pourrir les choses ? Comment ne pas voir que la stigmatisation de l’islam s’accompagne d’un abandon des classes populaires confrontées à la paupérisation économique et sociale ? Il nous faut regarder avec angoisse et lucidité le pourrissement moral et culturel de pans entiers de la société, le retour aux intégrismes, l’emprise des gourous sur nos gamins et les familles populaires les plus fragiles. Nous sommes face à des gens sans scrupules, dont l’idéologie et les pratiques font écho à celles du Front national quand son chef, Le Pen, a conquis pignon sur rue en faisant son miel de la stigmatisation des immigrés et en vociférant contre l’insécurité.

 

La gauche et singulièrement le PCF a fait mine de ne pas voir et a refusé le combat politique contre la merde du pourrissement social et moral des quartiers populaires gangrenés par les politiques d’austérité, transformés en ghettos de la misère, là où se nourrissent, sur le fumier de la crise, les mafias avec les trafiquants de drogue et les intégristes islamiques. Nous avons au moins trente ans de retard sur cette question.

 

Une démarche hautement républicaine

 

En 2002, deux gamins, de 19 et 20 ans, du même quartier de Vénissieux, se sont retrouvés à Guantanamo après être passés par Londres et avoir rejoint les réseaux d’Al Qaïda en Afghanistan et au Pakistan. A ce jour, on ne connaît toujours pas les têtes de réseau. Comme par hasard, ce quartier est un haut lieu de trafic, de mafia et d’intégrisme.

 

En avril 2004, j’ai contribué à faire expulser de France un imam, ce que l’on a appelé l’ « affaire Bouziane ». Il faut se souvenir que cet imam se prononçait publiquement en faveur de la lapidation des femmes, accommodant ses diatribes de propos antirépublicains, anti France, anti blancs. A l’époque, j’avais déposé une proposition de commission d’enquête sur ces faux imams, en considérant qu’il y en avait plusieurs milliers sur notre territoire. Le groupe communiste ne m’avait pas suivi redoutant une stigmatisation des musulmans.

 

Il y a, depuis des dizaines d’années, une dérive, un laisser faire, un aveuglement des responsables politiques du pays. Cette situation a porté un tort immense aux musulmans qui vivent en très large majorité dans les quartiers populaires. Elle porte un préjudice grave à l’islam en lui déniant une place digne dans la République française. Il y a un enjeu considérable à ce que l’islam puisse exister sereinement en France, pays aux racines judéo-chrétiennes.

 

La démarche que j’ai entreprise contre le port du voile intégral est la même que ce combat contre les faux imams. Je la crois hautement républicaine. Elle ne dédouane personne ni à droite ni à gauche.

 

Il y a matière à réflexion si l’on veut bien se rappeler la position des occidentaux après la révolution iranienne, en 1979, le soutien aux talibans, suite à l’intervention soviétique en Afghanistan, en 1981, les conséquences dans nos banlieues des événements en Algérie, à partir de 1988, avec le FIS et le GIA, soutenus par les USA. N’oublions pas les attentats en France, en 1995 et l’affaire Khaled Kelkal. N’oublions pas les attentats à New York, le 11 septembre 2001, en Espagne ou à Londres. On pourrait allonger la liste, dans le monde entier.

 

Nous ne pouvons pas tourner autour du pot. Nous tendons la main aux musulmans pour une place de l’islam digne de ce nom, en France et en Europe. Dans le même temps nous devons combattre sans faiblesse un nouveau fascisme qui prône des coutumes moyenâgeuses et des pratiques féodales et qui n’ont rien à voir avec la religion et l’islam.

 

Le mariage du drapeau rouge et du drapeau tricolore plus moderne que jamais

 

Je crois à la force de la République, au génie de notre peuple. Ce génie s’exprime au-delà des clivages partisans, dans le respect des personnes, des engagements politiques. C’est en relevant de grands défis de civilisation que notre pays a construit le meilleur de son histoire.

 

Le voile intégral et ce qu’il recouvre est un de ces défis de civilisation. Notre peuple vit un malaise. Il souffre d’un laisser aller après les innombrables combats qui ont forgé la République : le siècle des Lumières, la Révolution française, les insurgés de 1848, la Commune de Paris, 1936, le Conseil national de la Résistance, les luttes anticoloniales, 1968.

 

Le mariage du drapeau rouge et du drapeau tricolore est plus moderne que jamais. Car la République, ses valeurs, ses fondements, constituent le meilleur atout pour résister au capitalisme du désastre. En combattant l’idéologie barbare que sous-tend le voile intégral, nous combattons l’obscurantisme. Nous portons un humanisme révolutionnaire qui va de pair avec un utopie combattante pour construire la société du partage, du commun, du communisme.

 

Osons défier les fondamentalistes islamiques, les Tarik Ramadan et consorts. C’est une tâche difficile mais indispensable pour que le PCF retrouve les lettres de noblesse qu’il a gagnées dans les combats émancipateurs du XXème siècle, singulièrement dans la bataille pour la libération nationale face à la barbarie nazie.

 

Car au cœur de la lutte des classes, il y a la guerre idéologique qui fait rage pour écraser la conscience populaire et entraver l’émancipation humaine. Sans ce combat idéologique, il n’y a pas d’avenir pour le Parti communiste français. Et je n’ai pas du tout l’intention d’être un communiste désarmé.

 

 

Six journées d’audition ont eu lieu. Dix autres sont programmées au niveau national, d’ici fin décembre 2009. De plus, la mission d’information se déplacera à Lille, le 8 octobre, à Lyon, le 15, à Marseille, le 5 novembre, en région parisienne et à Bruxelles à la mi novembre.

 

Les comptes rendus de la mission sur le site : http://www.andregerin.com

 

 

Pour plus d’informations :

Contacts :

Jacques Desmoulin : 01 40 63 69 70 jdesmoulin@hotmail.fr

Jean Miaille : 06 12 48 32 41 jeanmiaille@wanadoo.fr

 

André GERIN

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jb 06/10/2009 19:24


entièrement d'accord avec toi sur ce sujet,

jb