Gérard FILOCHE dans Démocratie et Socialisme

Publié le par Jacques LAMBERT

L’élu de 53 % du peuple et de 100% du Medef est parti chez ses maîtres... « habiter sa fonction »

mercredi 9 mai 2007 par Gérard Filoche
 
D’abord, il a reçu ses commanditaires au Fouquet’s sur les Champs-Elysées. Ses maîtres, Bouygues, Lagardère, Dassault, tous les chefs du Cac 40, les grands financiers ont eu droit aux premiers frais de bouche du nouveau promu. Il y avait aussi Johnny Halliday revenu de son dur exil suisse, et qui est lui aussi, “de retour” maintenant que les 378 000 millionnaires en euros français ont cessé d’avoir peur pour leurs baignoires en or.

Le Fouquet’s nous dit-on, c’est le dernier "Palace" du groupe Lucien Barrière, premier casinotier de France (8000 employés, 39 casinos, 80 restaurants, 13 hôtels) et à ce titre soumis à la tutelle du ministère de l’intérieur, toujours attentif, depuis Charles Pasqua, et le département 92, à ce genre d’activités... C’est d’ailleurs un groupe, nous dit-on aussi, dont le principal actionnaire Dominique Desseigne a pu faire face (avec succès) à des difficultés fiscales et judiciaires suite au montage retenu pour régler la succession de sa défunte épouse Diane, d’origine hongroise.

Ensuite, le nouveau promu, ayant enfin accédé à « la dernière marche » tant convoitée, est parti en avion privé, vers Malte, et puis faire une croisière en famille dans le bateau de 60 m de Vincent Bolloré, à 175 000 dollars la semaine pendant que Paris-Match lui fait un numéro spécial de 50 pages. Il paraît que c’est sa « retraite » pour mieux « habiter la fonction présidentielle » : on mesure combien il a besoin d’être « habité », et quelle est son idée de la noblesse de la fonction qu’il s’est fait confier par le peuple. Comme il dit, « la France m’a tout donné, il est temps que je le lui rende ».

Il laisse son Premier ministre, François Fillon (il a informé Tony Blair de sa nomination, bien avant les Français) préparer les premiers coups : attaques contre le droit de grève, contrat unique flexibilisé de travail sans protection face au licenciement, heures supplémentaires moins coûteuses pour l’employeur que les embauches, destruction des régimes spéciaux de retraite, adoption complète du nouveau Code du travail promulgué en conseil des ministres le 7 mars dernier... et, bien sûr, quasi suppression des droits de succession pour les grandes fortunes et suppression de l’ISF afin de récompenser au plus vite ses maîtres du Medef et du Cac 40...

Sur France inter, c’est le baron Seilliére qui s’y colle pour défendre « le mode de vie moderne », du nouveau président : « - enfin quoi, c’est comme cela, et qu’est ce que vous croyez, à l’Elysée, on mange bien, c’est la représentation de la France, ça » ! Ca vous forge l’identité nationale ! L’héritier des maîtres des Forges qui a lui aussi, une très haute idée de l’identité nationale, confie qu’il regrette, lui, de n’avoir pas de yacht.

Bon, mais ca ne peut pas durer, l’homme au karcher va revenir « habité par sa fonction » de sa “retraite” : il va appeler à une "majorité présidentielle" forte lors des législatives des 10 et 17 juin prochains. Et c’est vrai que sans majorité parlementaire, cela ne lui aura servi à rien de gravir la dernière marche : ses maîtres ne seraient pas contents et ne le réinviteraient plus ni au Fouquet’s ni sur leurs beaux bateaux.

Chaque jour TF1 va nous matraquer la mise en place du nouveau programme anti code du travail, anti sécurité sociale, anti retraites, anti chômeurs, anti Smic. On va nous montrer les nouvelles « têtes » : Borloo, Juppé, Devedjian, Alliot-Marie... Et on va « glisser » sur les préparations d’un budget de combat pour 2007, austérité pour les pauvres, cadeaux pour les riches.

On a une encore une chance à gauche : c’est de mettre en route une contre offensive pour gagner une puissante représentation au Parlement les 10 et 17 juin, et sinon bloquer, du moins freiner les coups drus et durs qui se préparent.

On peut limiter les dégâts, et résister à la vague bleue qui menace.

Pour ça, en face de cette nouvelle droite assumée et menaçante qui vient de gagner derrière Sarkozy, il faut une nouvelle gauche qui change de ton et de pied :

ce n’est pas le moment de se refuser de porter des coups, de se retenir de polémiquer, d’expliquer qu’on ne s’opposera pas à la droite « par plaisir », de se dire « ailleurs » dans les nuages, le désir d’avenir. C’est du passé. Il n’est plus temps de rechercher les égarés chez les centristes de droite, il est est temps de rendre coup pour coup, de ne pas laisser passer une seule attaque, un seul coup bas.

Sarkozy nous l’a appris : avec une droite décomplexée qui s’affirme capitaliste et ultra libérale, il gagne.

Il nous faut une gauche décomplexée qui s’affirme et qui n’hésite plus à défendre un programme anticapitaliste, anti libéral : de vraies 35 h, un code du travail plus protecteur contre les licenciements, des CDI pour tous, des droits syndicaux nouveaux, une retraite à 60 ans pour tous à taux plein, une sécurité sociale solidaire pour toutes et tous, des logements sociaux de qualité et accessibles, une école publique, des services publics étendus et renforcés, des impôts directs et progressifs, une redistribution des immenses richesses de la France, du capital vers les salaires.

Quand on n’est pas clairement à gauche, pas unis, pas déterminés à affronter le capitalisme, on perd face à ceux qui sont à droite, déterminés, et unis... Ca fait 12 ans que la droite préside, et encore pour 5 ans...

Quand on est de gauche, on est de gauche, pas au centre.

On « ne continue pas », on ne s’enlise pas dans la défaite, elle est rude, ca ne nous fait pas sourire, car c’est une défaite qui va faire souffrir le peuple cinq ans durant, elle va créer du malheur.

Cette défaite qui vient d’être subie par la gauche est beaucoup plus grave que celle du 21 avril 2002 : car elle est sur le fond politique, pas sur l’insécurité, pas sur une cabale pro-sécuritaire, mais sur l’emploi et le social, terrain qui aurait du être le notre ! Et nous n’avons pas perdu parce qu’il nous manquait 193 558 voix au premier tour, mais parce qu’il nous manquait 2,4 millions de voix au 2e tour, soit 6% d’écart, avec une participation exceptionnelle de 83,97%.

Soit on tire les leçons du 21 avril 2002, du 29 mai 2005, du 6 mai 2007, soit on continue a perdre mais on attend sûrement pas 2012 en disant "on continue..."

Cette défaite grave pouvait et devait parfaitement être évitée, on avait un boulevard, depuis les grands mouvements sociaux, de 2003 et de 2006, depuis les votes de 2004 et de 2005, il fallait écouter, il fallait se situer dans ce prolongement là, hélas, raté !

On peut, à titre personnel, rendre hommage à la candidate, à son investissement individuel, mais elle a perdu nettement, en dépit des centaines de milliers de militants, dont nous sommes, qui avons tout fait pour sa victoire.

Maintenant, c’est au collectif qu’il revient d’agir car il y a 577 circonscriptions. On ne peut pas « continuer » sur une orientation perdante, il faut réajuster si on veut limiter les dégâts. Le centre de gravite de la gauche est assurément très loin de la droite UDF de Bayrou.

Il est urgent de réorienter, de refonder la gauche, de la réunir, de la rassembler, sur un même programme, par des conférences et des assises unitaires.

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