TRANSFORMATIONS DU PARTI ?

Publié le par leblogdejacques

Transformations du Parti ?

 

Refaire du PCF un parti de classe pour en refaire un parti de masse, ouvert et rassembleur !

 


Les conditions du débat avant ce congrès sont totalement inacceptables. En outre, on traite les membres de la commission « transformations du parti » de façon incroyable: pas de réunion pendant des mois, et puis en toute hâte, plusieurs réunions d’affilée selon un calendrier intenable.

Un sujet si sérieux mérite autre chose qu’un traitement aussi désinvolte, méprisant pour les communistes, tout autre chose qu’une approche technocratique, bureaucratique ou administrative.

La question de l’organisation est profondément politique. Quel est le bilan de « plus de quinze ans de remises en cause profondes » dans notre parti ?

Notre parti s’en est-il trouvé renforcé, en influence, en forces militantes, en rayonnement ? Non, il s’est affaibli dans tous les domaines. Son implantation, originale et décisive, au cœur du monde du travail, du peuple, des luttes a terriblement reculé.

Nous pensons que ce n’est pas le résultat d’une fatalité mais d’une orientation politique, celle de « banaliser » le parti, d’effacer son identité, de privilégier la présence dans les institutions et une approche électorale.

Le choix de cesser d’impulser la vie des cellules puis, aux 30ème et 31ème congrès de leur ôter leur souveraineté a par exemple été très lourd de conséquences. 

Le développement des luttes, sur un autre plan, la montée de l’abstention électorale, parmi ceux qui ont le plus intérêt à combattre le capitalisme, appellent notre réorganisation en cellules.

Les statuts de 1994 définissaient très justement la cellule comme la structure que « le parti met à la disposition de tous ceux qui refusent d’être dépossédés de leur pouvoir d’intervention et de choix ». La cellule, c’est le moyen de redéployer l’activité communiste dans les quartiers populaires, les villages et dans les entreprises, au contact des réalités quotidiennes.

Les entreprises constituent le lieu principal de l’affrontement de classe et le point de départ de la plupart des luttes. L’abandon de la cellule d’entreprise a privé les salariés d’un contre-feu à l’idéologie patronale et aux tentations réformistes.

Certes, notre société a subi des transformations profondes. La perte continue des emplois stables, notamment dans la production, l’explosion de la précarité, la dissémination du tissu industriel restant dans des PME sous-traitantes ont progressivement réduit les grands collectifs de travail, plus propices à la solidarité syndicale et à l’organisation politique.

Ces difficultés accrues ne sauraient changer la place centrale que le PCF doit accorder au monde du travail et à l’organisation communiste à l’entreprise.

Comment réimplanter des cellules dans des quartiers et dans un monde du travail où l’on trouve aujourd’hui nombre d’intérimaires, de chômeurs, de jeunes en déshérence ? C’est une des questions essentielles sur laquelle nous devons nous pencher et concentrer nos efforts. Nous devons utiliser tous les moyens possibles : internet, l’écrit, la parole au moment des luttes, dans des interventions publiques.

La cellule, c’est aussi le lieu d’échanges humains, de solidarité et de fraternité dans un esprit de lutte.

Redonner la souveraineté aux cellules, y compris financièrement, c’est aussi une question de démocratie, essentielle. C’est ce qui permet à chaque adhérent d’être impliqué dans l’action et l’élaboration de l’ensemble de la politique du Parti et à la direction du Parti de ne pas être coupée des réalités des luttes.

De même, des moyens doivent être redonnés aux sections pour impulser la vie des cellules, en recréer de nouvelles, impliquer les camarades isolés, déployer une propagande ciblée.

L’expérience depuis les derniers congrès révèle un appauvrissement de la vie du Parti, en même temps qu’un déficit démocratique croissant. Ils vont de pair avec la primauté donnée aux institutions et aux questions d’alliances en termes électoraux.

L’organisation en « assemblée générale » de section démobilise les camarades. Souvent une petite partie seulement y participe. Encore moins interviennent. Les préoccupations électorales, les questions d’alliance, omniprésentes, tendent à scléroser les débats, d’autant plus que les décisions apparaissent le plus souvent imposées « d’en haut ».

Les stratégies électorales depuis les plusieurs décennies aboutissent à privilégier l’union de sommet. Les deux dernières expériences les plus cuisantes pour notre parti ont été la période de la « gauche plurielle » et celle des « collectifs antilibéraux ». Avec le « Front de gauche », on semble ignorer leurs enseignements.

Nombre de décisions essentielles ont été prises « au sommet », à la suite d’obscures négociations puis imposées aux communistes, sans débat. Dans de nombreuses régions, il en a été ainsi des candidatures et particulièrement des têtes de listes, tant aux élections européennes qu’aux élections régionales.

Il n’est pas question de négliger ou minorer leur importance, mais l’activité du PCF, son intervention ne doivent pas être tournées vers la seule perspective des échéances électorales à venir.

Si l’on en reste à ce type de démarche, crée-t-on les conditions d’une remontée d’influence pour le PCF ? Assurément non. Au contraire, cela conduit irrémédiablement à un effacement et à une subordination du PCF. L’existence d’un électorat communiste, construit patiemment par nos luttes, a donné au vote communiste toute sa signification. Comme un ancien vice-président du CNPF le disait, le patronat ne fait pas la même chose avec un PCF à 20% ou à 10%. 

Par les voies de l’électoralisme, des alliances pour des positions dans les institutions, on laisse de côté la question de l’influence réelle du PCF, alors que c’est un enjeu décisif pour parvenir un jour à changer la société.

Notre parti doit procéder à des ruptures, non pas avec son héritage et les traditions révolutionnaires de notre peuple, mais bien pour les retrouver, renouer avec la lisibilité, la cohérence historiques du PCF, des ruptures pour un retour assumé aux sources, notamment aux acquis du Congrès de Tours.

Concernant par exemple la place des élus par rapport au parti, le principe, remontant à Tours, doit être réaffirmé : l’action des élus doit être subordonnée aux décisions des communistes et non l’inverse.

Nous avons évoqué l’action à l’entreprise et les liens avec les organisations syndicales.

Le Parti peut et doit refaire une priorité de son engagement originel pour la paix et pour la solidarité internationale, souvent à contre courant des idées dominantes, aux luttes aux côtés des peuples opprimés, dans le combat contre le colonialisme et le racisme.

L’obsession qui consiste à vouloir changer à tout prix l’image du PCF se révèle désastreuse. Depuis des années, au lieu d’une propagande efficace, dans ses mots d’ordre, pour faire avancer nos idées et le rapport de force, le matériel et notamment les affiches proposé relève de la « sous-pub ».

Cela reflète la perte d’autonomie du Parti, l’abandon progressif d’une réflexion propre, partant de nos fondamentaux. Depuis de nombreuses années, la direction du Parti ne propose plus vraiment de position sur de nombreuses questions. Si l’on ne peut pas se proclamer parti « d’avant-garde », on ne peut pas non plus théoriser, comme cela a été fait, au nom de la recherche d’alliances « majoritaires », l’alignement sur des positions trop générales, nécessairement influencées par l’idéologie dominante.

Le PCF doit redevenir pleinement indépendant dans son intervention, retrouver le discours d’un parti révolutionnaire sur des positions de classe. Il doit faire bien plus appel à l’intelligence politique, à la créativité des communistes et faire vivre en toutes circonstances leur souveraineté.

La question de la défense (prioritaire pour tous les communistes) et du rôle de notre presse doit être posée dans cet objectif. Progressivement, depuis les années 90, l’Humanité a cessé d’être officiellement un journal communiste, pour se réclamer de plus en plus « journal, magazine de la gauche ». Nous pensons au contraire qu’il y a place pour un quotidien national, un hebdomadaire (et d’autres publications) qui se revendiquent communistes, s’efforcent d’être des journaux utiles aux luttes, à l’action du PCF et pas seulement des journaux d’information de gauche.

L’amélioration de la formation théorique et idéologique des communistes est également nécessaire. Des initiatives ont été prises pour organiser davantage de stages et de conférences, souvent avec des spécialistes. Les conditions doivent être rassemblées pour recréer des écoles du Parti, visant à diffuser les idées d’un marxisme créateur, éloigné de tout dogmatisme. Cet effort doit être relié directement à l’activité militante et à la reconstitution des cellules.

Le déficit démocratique pose directement la question des directions du Parti et de leur fonctionnement. Nous devons, entre autres, faire les efforts nécessaires pour promouvoir des militants issus des milieux populaires, ce qu’a su faire notre parti pendant des décennies, en formant et en faisant émerger des cadres issus du monde ouvrier.

Tout est lié : les « transformations du Parti », l’organisation du Parti, la stratégie, le projet de société qu’il porte.

Au 34ème congrès, les communistes ont rejeté le terme « métamorphose » proposé par la direction. La « métamorphose », c’est bien changer complètement de forme. La direction, au congrès national, a maintenu le terme « transformations » qui accompagnait la « métamorphose ». Elle a réussi à faire ajouter la mise à l’ordre du jour de ces transformations d’ici le congrès suivant.

Il ne s’agit pas de savoir si nous voulons « améliorer » le parti et son action. La question est : dans quel sens ?

La direction sortante du Parti veut, à travers un congrès extraordinaire, non statutaire, continuer dans la stratégie d’effacement du PCF et de ce qu’il représente, le « transformer » dans cet objectif, contrôler ce changement.

Ce n’est pas le choix d’un très grand nombre de communistes, qu’ils participent à la vie du Parti ou qu’ils en soient déjà écartés dans les faits. Ils ont adhéré à un parti révolutionnaire qui osait affronter les puissants, qui parlait franchement.

Ce n’est pas ce que recherchent beaucoup de ceux qui luttent, notamment les jeunes, les travailleurs, les précaires. Ils attendent une perspective révolutionnaire, un parti pour la porter collectivement, sans concession et dans la durée, un parti lucide sur l’état du rapport de force loin de la phraséologie gauchiste.

La persistance du fait communiste dans notre pays, le glorieux passé de notre parti, le parti de la Résistance,  de la lutte anticoloniale, le parti du monde du travail, de la création, la validité de ses fondements théoriques et de sa forme d’organisation, font que, pour nous, ce parti, c’est plus que jamais le PCF, qu’il doit redevenir pleinement lui-même pour évoluer selon les conditions de la lutte des classes.

L’aggravation brutale de la crise du capitalisme rend cette urgence plus pressante.

Notre congrès pourrait lancer un large appel à celles et ceux qui luttent dans l’entreprise, dans les quartiers, les invitant à adhérer au PCF, qui est leur parti, à contribuer à lui redonner pleinement sa raison d’être dans la lutte des classes.


 

Publié dans Maxime GREMETZ

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