Lettre de André Gerin au Premier ministre et Réponses du Président de la République et du Premier ministre
Monsieur le Premier Ministre,
Je ne participerai pas aux mises en causes politiques si convenues en période préélectorale, cela me donne la nausée. Elles sont décalées avec la souffrance vécue par des millions de gens. Elles servent sur un plateau la désespérance, le dégoût des habitants des cités populaires vis-à vis des partis politiques : un jack pot pour le FN.
Je propose un Front républicain des maires de France pour agir dans l’intérêt général.
Une jeune étudiante marseillaise est en danger de mort, otage d’une violence aveugle. La fiction relatée dans le film « Orange mécanique » est devenue réalité. La vie n’a plus de prix, les habitants, les femmes, les jeunes, les adolescents sont les victimes de comportements de plus en plus barbares et sauvages.
Des quartiers se ghettoïsent et se marginalisent de plus en plus, résultat d’une fracture sociale, support d’une fracture civique, politique et ethnique. Comment expliquer le déni de réalité de tous les responsables politiques après la plus grande émeute française en novembre 2005 ?
Aujourd’hui, un sursaut républicain est vital. J’en appelle au courage civique en s’appuyant sur les maires de gauche et de droite en première ligne. L’heure est grave, bousculons les partis dans leurs discours partisans pour redonner son lustre à la République.
Vous pourriez organiser une nouvelle réunion des maires, comme vous l’aviez fait le 4 novembre 2005 à Matignon. Vous pourriez venir dans l’agglomération lyonnaise, pour constater le travail qui s’effectue, sans esprit partisan, avec tous les maires.
J’ai la conviction que c’est l’affaire de tous les Républicains, ceux qui veulent sauver notre capacité à vivre ensemble. C’est un enjeu de société et de civilisation au cœur du débat de la présidentielle de 2007.
S’il suffisait de remplacer le ministre de l’Intérieur pour résoudre les problèmes, pourquoi les étés chauds des Minguettes en juillet 1981 auraient-ils eu lieu ? Comme les émeutes de Vaulx en Velin en octobre 1990 et celles de Clichy en octobre 2005. Durant cette période se sont succédées 25 années de gouvernement, dont 14 de gauche et 11 de droite.
Sur le fond, depuis les années 80, nous oscillons entre l’angélisme de l’accompagnement social et le tout sécuritaire contre les petites gens qui seraient responsables de leur paupérisation sociale, morale et culturelle.
Regardons la réalité en face afin d’agir sur les causes des émeutes pour qu’elles ne se reproduisent pas en pire.
Leurs causes sont connues. Des rencontres hostiles entre la police et des minorités sur fond de surdélinquance des jeunes, se termineront par des drames. Cette minorité de surdélinquants, ne s’agit-il pas de la question essentielle ? N’agit-elle pas sur fond de trafics (drogue…), réseaux mafieux, de pourrissement qui servent d’appât à l’extrême droite, aux intégristes. Ils interdisent la République d’être présente sur ces territoires, par des caillassages, des feux de poubelle, des guet-apens…
La représentation nationale devrait juger utile de savoir ce qui se produit dans les entrailles de la France profonde, de toute une France à la dérive. Qu’est-ce que l’on peut faire pour que cela s’arrête et ne se reproduise pas ?
Je lancerai un appel dans la ville, aux forces sociales, syndicales et politiques pour les appeler à réagir, un appel à chaque citoyen pour condamner ces actes inqualifiables, un appel pour briser l’omerta, pour dénoncer ces voyous criminogènes. Aujourd’hui, ne pas se rendre complice et porter assistance aux personnes en danger de mort est un devoir hautement civique.
La République nous appelle. Je suis disponible pour participer à ce Front républicain des maires de France qui cumulent au quotidien les grands problèmes de la société. Leurs préoccupations sont largement sous estimées dans les cercles du pouvoir. Ils ne baissent pas les bras, mais ils sont tous à la limite de « péter les plombs ». Il est temps de prendre des mesures sans précédent. Nous sommes au bord du chaos avec des germes de guerre civile devant l’inaction française.
Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de ma haute considération.
Le 30 octobre 2006
André GERIN